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LA REVUE EN LIGNE DU BARREAU de LIEGE - JURISPRUDENCE -
Tribunal de première instance de Liège ( Ch. Correct.) 15 juillet 1999
Faux en écriture - Photocopies - Faux grossiers - Ecrits non
protégés Des photocopies produites à partir de pièces authentiques falsifiées sont considérées, en raison du contexte particulier de la cause, comme des faux grossiers, non susceptibles de convaincre aisément les tiers de leur prétendue véracité et d'entraîner des effets juridiques. Il ne s'agit pas d'écrits protégés de sorte qu'un des éléments constitutifs du faux en écriture fait défaut. ( M.P. et J.H., M.C. et consorts / H.H. )
(…) Attendu que le prévenu, qui se présentait
volontiers comme un homme d'affaires d'envergure internationale, avait
rencontré J.H. au début de 1996 semble-t-il; Que malgré une assez lourde
condamnation qu'il avait encourue en Allemagne en mars 1992 pour des faits
de faux et escroquerie (voir extrait casier judiciaire) et qu'il dit avoir
signalée à l'homme politique peu de temps après leur rencontre (P.V.
d'audience du 8 juillet 1999), des liens d'amitié se nouèrent entre les
deux hommes, le prévenu mettant à profit le souci de J.H. de favoriser
divers investissements en région Wallonne pour échafauder divers projets
dont lui H.H. espérait naturellement retirer quelques bénéfices; Qu'il se servait à cette fin des lettres de recommandation que, non sans une certaine imprudence, J.H. lui avait remises; Qu'il prit contact avec divers
chefs d'entreprise de la région sans toutefois pouvoir convaincre ceux-ci
du sérieux de ses projets: que l'un d'entre eux déclarera, au cours de
l'instruction avoir été mis en méfiance par l'habitude de H.H. d'utiliser
des photocopies de documents et soulignera combien les propos du prévenu
paraissaient vides dès que l'on prenait la peine d'y réfléchir quelque
peu (P.V. ...); Qu'un autre dira aux enquêteurs:
" ce personnage est totalement incrédible. Tout ce qu'il raconte est
manifestement complètement inventé. J'ai eu l'occasion d'échanger des idées
sur le manque de crédibilité du personnage avec R. D., L. L., J. H. et G.
D., lequel avait compris dès le premier jour... Nous avons conseillé à
tout le monde, y compris J. H., de cesser tout contact avec ce
personnage" ( PV. ...); Attendu toutefois que J. H., qui par
ailleurs s'efforçait de faire admettre que les causes de l'assassinat d'A.
C. devaient être recherchées du côté de certains milieux financiers plutôt
que politiques et qui n'écartait pas l'hypothèse que le défunt aurait
lui-même participé à des opérations illégales, maintiendra un contact régulier
avec H.H.; Attendu que celui-ci, voyant dans
cette obsession de son interlocuteur, un moyen de conserver ses bonnes grâces,
encouragera J. H. dans cette voie en lui exposant avoir personnellement
connu l'ancien Ministre d'Etat et avoir négocié pour celui-ci de très
importantes opérations de blanchiment d'argent; Que pour répondre aux demandes
insistantes du député qui réclamait les preuves, il se mit alors à
confectionner les divers documents faisant l'objet des actuelles poursuites,
et cela à partir de pièces authentiques pour la plupart mais qu'il
falsifiait en recourant ensuite à la photocopie; Que toutefois les documents ainsi
produits devaient inévitablement paraître insuffisants aux yeux de J. H.:
que selon la déclaration faite à l'audience par le prévenu et que le
tribunal n'a aucune raison de mettre en doute sur ce point, les originaux
lui auraient été réclamés à diverses reprises, sans que cette demande
puisse être satisfaite et pour cause ; Que s'il est vrai qu'en juillet
1997, l'homme politique fit part à divers journaux de son sentiment sur les
véritables causes de l'assassinat d'A. C., il convient de relever qu'il ne
fit aucune référence précise aux documents litigieux et dont il n'est pas
sûr qu'il les détenait d'ailleurs à cette époque; Attendu que. ces documents, émanant d'un personnage dont le passé judiciaire et les comportements peu crédibles aux yeux de diverses personnes (voir plus haut) devaient susciter la méfiance, ne pouvaient raisonnablement emporter de prime abord l'adhésion de quiconque et notamment pas celle d'un homme politique aussi expérimenté que le député J.H., auquel ils furent remis exclusivement; Que la preuve en est que ce dernier
déclarera aux enquêteurs avoir fait preuve d'une grande circonspection et
avoir tenté de vérifier le bien-fondé des documents (PV ...); Que c'est d'ailleurs parce que ses
soupçons initiaux ne feront que se renforcer qu'il
remettra ceux-ci, par personne interposée, aux enquêteurs de la Police
Judiciaire qui les conserveront deux mois avant d'établir
un procès-verbal, et ensuite au Procureur Général
qui transmettra au Procureur du Roi; Qu'il résulte de ces éléments que
dans le contexte particulier de cette cause, les documents confectionnés
par le prévenu peuvent être considérés comme des faux grossiers non
susceptibles de convaincre aisément les tiers de leur prétendue véracité
et d'entraîner des effets juridiques; qu'il ne s'agit donc pas d'écrits
protégés tels que définis par la jurisprudence et la doctrine; Attendu certes que l'intention
frauduleuse existe, ainsi que la réalité d'un préjudice principalement
celui porté à la mémoire d'un homme politique assassiné et qui n'est
plus là pour répliquer à ces attaques portées contre lui; Que dès lors cependant qu'un des éléments
constitutifs du faux punissable vient à manquer, il y a lieu de considérer
que les préventions visées à la citation du dossier 27.50.51162/97 ne
sont pas établies; (...) ( Dispositif conforme aux motifs )
Du 15 juillet 1999 – Corr. Liège
( Ch. des vacations) Siég. : Mr. Fontaine Greffier : Mr. Neerdael M.P. : Mr. Keyser Plaid. : Mes van Damme, Tihon et Dehousse
Publié par le Tribunal de 1ère instance de Liège ( 2001/019 )
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